
Le succès rencontré ces dernières années en Europe et en Amérique par les expositions consacrées à l’art brut montre que celui-ci, lorsqu’il n’est pas préalablement édulcoré, répond à l’attente d’un public de plus en plus large, de plus en plus curieux d’expression véritable.
Le caractère énigmatique de l’art brut rend toutefois son approche complexe et sa médiatisation délicate. Les certitudes des spécialistes - de ceux notamment qui s’autoproclament ainsi - révèlent vite leurs limites devant des œuvres qui gardent par nature leur mystère, conservent leurs secrets quand bien même elles n’ont pas l’air de les défendre.
C’est cette capacité ingénue de résistance aux investigations présomptueuses qui doit nous inciter à privilégier la diversité des points de vue, sans souci de hiérarchie intellectuelle. Le recours exclusif à une caste de spécialistes à qui serait délégué un pouvoir lié à la rétention du savoir, impliquerait que l’art brut soit un objet scientifique dont on pourrait faire le tour.
Loin d’une telle conception, abcd considère que l’art brut est, par définition, une chose qui déborde nos catégories, nos modes de pensée et nos façons de sentir habituels. Il y a toujours avec lui un reste impossible à dominer. C’est un sujet qu’on peut approcher seulement de biais, sans espèrer le cerner. Y prétendre est même la meilleure façon de manquer avec lui notre rendez-vous. Pour abcd, la seule attention dont nous puissions faire preuve à l’égard de l’art brut, ce n’est pas une attention laborieuse qui aboutit à tuer tout ce sur quoi elle porte, mais une attention flottante qui procède autant par empathie et intuition que par rationalisation.
Dans cette optique, il n’est de spécialistes que de l’étendue de notre ignorance. Détenteur d’un savoir inconscient, l’art brut nous rend savant de ce qu’on ignore.